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23 Apr

Raymond Roger

Publié par basilique saint nazaire  - Catégories :  #Clergé de l'Aude

RAYMOND ROGER vicomte de Carcassonne (1194 à 1209)

 

Raymond Roger, né l'an 1185 , du vicomte Roger II et d'Adélaïde de Toulouse , demeura sous la tutèle de Bertrand de Saisjac, depuis son avènement, en 1194 , jusqu'à l'an 1199, c'est-à-dire jusqu'à l'âge de 14 ans , terme fixé , dans les provinces méridionales de la France , pour la majorité des enfans de qualité. Vers la fin de cette mémo année , ou au commencement de la suivante , il perdit sa mère, qui prenoil le titre de comtesse, quoique son époux ne se qualifiât que vicomte. Quelques-uns l'ont nommée comtesse de Burlats , parce qu'elle étoit née dans le château de ce nom. L'an 1201, Raymond Roger se ligua avec le comte de Foix, contre le comte de Toulouse, son oncle. L'an 1209, voyant les Croisés déterminés à s'emparer de ses domaines , sous prétexte qu'il favorisoit les hérétiques , il va trouver , à Montpellier , le légat Milon , qui refuse de l'écouter. Le 22 juin de la même année, les Croisés lui enlèvent d'assaut Beziers, où ils font un massacre horrible. Le 22 juillet suivant, le vicomte est assiégé lui-même dans Carcassonne , où il s'éloit jetlé avec ses vassauv ; contraint de rendre la place, après avoir fait des prodiges de valeur, il est arrêté contre la foi de la capitulation et livré à Simon de Montfort, qui le fait mettre dans une étroite prison , où il meurt à l'Age de 24 ans , le 10 novembre de la même année 1209 , non sans soupçon, dit D. Vaissette, qu'on avoit avancé ses jours. Il laissa , d'Agnès de Montpellier son épouse , un fils unique, nommé Raymond Trencavel (Art de vérifier les Dates).

An 1194. — v. Cartulaire de Carcassonne. T. IV. pag. 473 : Saissac. Seigneurs.

1196 , Avril 25. — Mort d'Alfonse II roi d'Aragon. Il lègue à Pierre, son fils aîné , les comtez de Carcassonne et de Rasez , ou plutôt les prétentions qu'il avoit sur ces deux comtez ; car le vicomte Raymond Roger , qui en possédoit le domaine utile , reconnoissoit alors pour suzerain le comte de Toulouse, son oncle , son seigneur naturel (Histoire générale de Languedoc. L. XX. 50.).

1201 , Mars. — Acte par lequel Raymond Roger vicomte de Reziers fait donation , après sa mort, en cas de carence d'enfans , de tous ses domaines, à Raymond Roger comte de Foix , son cousin ; — Acte par lequel Raymond Roger comte de Foix fait alliance avec Raymond Roger son cousin, contre le comte de Toulouse {Histoire générale de Languedoc. T. III. édit. in-fol. Preuve Lxhi. col. 190. Archives de Foix.).

Même année : vi° kal. Aprilis. — Acte par lequel Ramond Roger, par la grâce de Dieu vicomte de Carcassonne , de Rasez et d'Abigeois , reconnoît avoir donné en engagement, à Isarn Rernard, la ville de Balaguer et autres de son patrimoine, pour 14100 mulgares, qu'il a reçus de lui (utsuprà. Preuve Lxxiv. col. 191.).

1202 , Août. Raymond Roger fait l'acquisition , pour 20000 sols melgoriens , de Guillaume Pierre de Vintron , tout ce que ce seigneur possédoit dans la paroisse de Saint-Amans de Valthoret, dans le château d'Hautpoul, dans l'abbaye de Caunes, dans tout le Cabardès, et depuis Saint-Pons jusqu'à Castres (Histoire générale de Languedoc. L. XX. 66.).

4203. — Vente faite par Bernard Raymond de Capeodu , à Raymond Roger vicomte de Beziers, Carcassonne, Rasez et Albigeois , du château de Vias , diocèse c'Agde , et ses appartenances , en échange de ce que led. vicomte possédoit au château de Capcndu ; plus 13000 sols melgoriens (doat. vol. 169. fol. 105. Trésor des Archifs du Roy : Chasteau de Foix). —v. Cartulaire de Carcassonne. T. I. pag. 310 : Capendu. Seigneurs.

Même année , Novembre. — v. ci-après : Cité. Cartulaire.

Même année, Décembre. — Raymond Roger vicomte de Beziers et de Carcassonne , épouse Agnès, fille de Guillaume VIII, «eigneurde Montpellier. Elle reçoit en dot 25000 sols melgoriens ; et son mari lui assigne pour son douaire les châteaux de Pezenas et de Tomes (Histoire générale de Languedoc. L. XX. 76). — v. ci-après : ad ann. 1209 : vin. cal. Decembris. p. 292.

1204 , Mai. — v. Gallia Christiana. T. VI : Instrumenta Ecclesiœ Bilerrensis. Preuve xxxn. col. 148. Archives de l'Evêché de Beziers.

1209.—Croisade contre les Albigeois. Le vicomte de Béziers tente inutilement de faire la paix avec les légats du Pape. (Histoire générale de Languedoc. L. XXJ. 55.).

— « Et quand tout so dessus es estât fait, ... lodit visconté de Besiers a aiisit quand le conté Ramon ( de"Tolosa) avia faich sos aponctamens an lo S. payré lo Papa, et que lodit conté Ramon era et anava et conduisia lodit host et armada per sa terra, an lodit léguât, es vengut ben acompaignat dé gens vers lodit léguât, et ayso aldit Montpélier, ont per aquela hora era inqueras lodit léguât; es vengut et arribat devers lodit léguât, et son conseilh s'es retirât, et tout son cas ly a dit et remonstrat, disen quel n'avia colpa, ny tort envers la Gleysa no volya aver; mais que si sas gens et officiers avian recaplats et sostenguts aucuns eietgès , ny autra gen en sa terra, qué d'aquo el éra ignossen et non copablé, et aquels

ho devion paga et satisfar, et non pas el preguan et suplican lodit léguât et conseilh, qué a marcé lo volgan pren

dré, car el es servidor de la Gleysa, et per aquella vol viuré et morir, envers touts et contre louts.

Et quand lodit léguât et conseilh an ben al long escoutat lodit visconté, et tout so qué diré a voulgutny prepausat aquy davant, lodit léguât ly respondet, que de tout aquo non ly qualia parlar, ny aussi desencusar, may que fasia del melhor que poyra ny saubria, car an el non fariàrès; car lodit léguât voulié grant mal al dit visconté de Besiers. Et quand lodit visconté et sas gens qué an el eran an ausit la dita responsa, sont grandemen corrosals et mal contens et en al dit Besiers s'en sont retournats. Quand lodit visconté es estât toruat al dit Besiers , aqui a assemblât tout son conseilh, tant aquel de la villa que de sos amies et seuhors qué d'ambel éran per aquel hora; alsquals lodit visconté estan assemblats, a dit et demonstrat so qué an lodit léguât avia fait ny dit; al quai conseilh és estai conclus et dit per touts los que ly eran, qué tout incontinen lodit visconté manda sos amies et aliats et subjets, qué vistas las presens, cascua vengua en poinct et en armas, an touta sa pouissance, per ly donnar secours et defendré sa terra et viscontat, laquella lodit léguât et son host volian venir prendré , saisir el pilhar.

« Et adonc quand Jodil conseilh aguet dit et conclus, ainsin qué dit es dessus, lodit viscomté a faïtas far las Ictras, et à touts sos amies et aliats a mandat et preguat, qué cascun ly venia donnar recours et adjuda a deifendré sa terra;

losquals son venguts incontinen del quai secours et gens lodit visconté fouc grandamen joyoulx et coûtent, per

laquai caiisa a metut bonnas et grandas garnisos per toutas sas plaças et castels del dit viscontat per las défendré etgardar. Et quand agut, ainsin qué dit es, metudos lasditos garnisos... so nonobstant que fossé grandamen jour, el a prés ung tas dé gens des plus valens qué a saubuts triar ny caiisi, et à la Cieiolat de Carcassonna s'en es anat métré el démorar; car el ly semblava la plus forta villa dé sa viscontat et senhoria; et a laissât bona et granda garniso aldit Besiers. Et quant lasditas garnisos et habitans deldit Beziers an vist qué lo senhor los a ainsin Jaïssats, et s'en es anat aldit Carcassona, son eslats fort marrits et corrossats, et no sans caiissa, se dobtan dé so qué lor venguet » (Histoire de la guerre des Albigeois, écrite en languedocien, par un ancien auteur anonyme).— v. Histoire générale de Languedoc. T. III. édit. in-fol. Chroniques I. p. 7. et même tom. III. Avertissement, p. rv. Les auteurs estiment que le chroniqueur anonyme • vivait après le xm« siècle el qu'il écrivait au plus tôt vers le milieu du suivant. »

Même année. — Siège de Carcassonne (Histoire générale de Languedoc. L. XXI. 59. d'après Pierre de Vaux de Cernay. c. 16. — Guillaume de Puylaurent. n. 14. — Epitres du Pape Innocent III. L. XXII. Ep. 101. — Prœclara Francorum faeinora, dans les Recueils des Historiens de France, d'André Duchesne et de D. Bouquet. — Roberti Altissidorensis Chronicon.Histoire de la guerre des Albigeois , en Languedocien , par un anonyme , dans Y Histoire générale de Languedoc. T. III. édit. in-fol. Chroniques. I. col. 11.).

«... .Les Croisez marchèrent vers Carcassonne , immédiatement «prés la prise de Beziers. Leur armée arriva devant Carcassonne le 1" août. Celte ville , l'une des plus fortes de la prorince , étoit alors entièrement située à la droite de l'Aude : la Cilé, qui en faisoil taprincipale partie , est élevée sur un rocher, au bas duquel coule celte rivière; elle éloit accompagnée de deux fauibourgs entoure! , l'un et l'autre , de murs et de tassez. Outre sa situation avantageuse, le vicomte Raymond Roger , qui s'y étoit Jelté pour la défendre, «voit eu soin de la bien munir et d'en augmenter les fortifications. It s'ètoit servi, à ce qu'on prétend , dcs'pierres du réfectoire et del states du chœur des chanoines réguliers de la Cathédrale. Enfin , la garnison étoit très-nombreuse et composée des principaux vassaui du Vicomte , qui s'éloient renfermés avec lui dans la place , des habitans de la ville et de tous ceux des environs qui s'y étoient réfugiés...

« Les Croisez ne furent pas plutôt campés devant Carcassonne, que le vicomte Raymond Roger étant monté sur une tour pour les examiner, résolut de faire une sortie sur eux, la nuit suivante, dans l'espérance de les surprendre; mais sur les remontrances de Pierre Roger seigneur de Cabaret, il se détermina à demeurer dans la place et à la défendre jusqu'à la dernière extrémité. Les Croisez, de leur côté , donnèrent l'assaut dés le lendemain au premier faubourg , qu'ils croyoienl emporter d'emblée , parce qu'il étoit moins fort que le second qu'on appelloit le Grand-fauxbourg. L'attaque et la défense furent également vives, tandis que lesévéques , lesabbez, et le reste du clergé de l'armée chantoient le Veni Creator , et faisoient de ferventes prières pour demander à Dieu le succès de l'entreprise. Enfin, après un combat opiniâtre de plus de deux heures, durant lequel le vicomte Raymond Roger fit des prodiges de valeur, le* assiégez furent obligez de céder, en sorte que les Croisez se rendirent maîtres du faubourg et y mirent le feu. Simon de Monlfort fut le premier des chevaliers qui monta à l'assaut. On combla aussitôt les fossez de ce fauxbourg , et on tenta l'attaque du second , qu'on espérait emporter aussi sans le secours des machines; mais le Vicomte le défendit avec tant de bravoure , qu'il obligea les assiégeans , quoiqu'ils eussent déjà franchi le fossé , à se retirer avec une très-grande perle

« Les Croisez, voyant que la prise du second fauxbourg étoit beaucoup plus difficille qu'ils ne l'avoient cru , prirent le parti de l'assiéger dans les formes... Le huitième jour du siège, la muraille de ce fauxbourg ayant croulé entièrement , les Croisez montèrent librement à l'assaut, et forcèrent enfin les assiégez à se retirer dans la Cité. Ceux-ci s'étant apperçus bientôt après que les assiégeans étoient retournés dans le camp , revinrent dans le fauxbourg, et après avoir fait main-basse sur tous ceux qui y étoient demeurez , il y mirent le feu, et se renfermèrent dans la Cité ».

— Le Roi d'Aragon vient au camp des Croisez, et tente inutilement de moyenner la paix entre eux et le vicomte (ut suprà. L. idem. 60.).

« Pierre roi d'Aragon , qui se p'rétemloit suzerain de Beziers et de Carcassonne, se rendit, peu de temps après, au camp des Croisez, dans la vue de rendre service au vicomte Raymond Roger, dont il étoit ami et allié. En arrivant, il descendit avec toute sa suite à la tente du comte de Toulouse , son beau-frère; il alla ensuite trouver l'abbé de Cileaux et les chefs de l'armée, qui lui firent beaucoup d'accueil: il leur demanda grâce en faveur du Vicomte, et les supplia d'avoir pitié de sa jeunesse et de vouloir bien entrer en négociation avec lui... On permit à ce prince d'entrer dans la ville, et s'élant abouché avec le Vicomte, celui-ci remit volontiers ses intérêts entre ses mains. Le Roi alla ensuite à la lente du Légal, où tous les principaux croisez s'éloient assemblez, et il leur rendit compte de sa négociation : il intercéda de nouveau pour le Vicomte, qu'il assura n'avoir jamais étc hérétique ou fauteur de l'erreur; il convint véritablement que ses officiers a voient favorisé les hérétiques pendant sa minorité ou sa Jeunesse; mais il assura que c'étoit sans sa participation et qu'il méritoit d'être excusé. Il ajouta qu'il... offrait de se soumettre aux ordres du Légat et de réparer tous les dommages qu'il pourrait avoir causez. L'abbé de Citeaux et les chefs de l'armée demandèrent à délibérer en particulier sur celte proposition; et après en avoir conféré ensemble , le premier répondit au Roi d'Aragon : que toute la grâce qu'on pouvoit faire au Vicomte, étoit de lui permettre de sortir de Carcassonne , lui treizième , avec armes , chevaux et bagages; à condition qu'il livrerait tous les habitans à la discrétion des croisez. Le Roi retourna aussitôt à Carcassonne pour faire part de celle réponse au Vicomle , qui répliqua qu'il aimerait mieux se laisser écorcher tout vif que de commettre une aussi grande lâcheté... Le Roi d'Aragon , trés-fâchë de n'avoir pu réussir dans sa négociation , prit congé du Vicomte , et ensuite du Légat et des généraux , et reprit la route de ses Etats ».

— Prise de Carcassonne. Le vicomte Roger est renfermé dans une étroite prison (ut suprà. 61. d'après Pierre de Vaux de Cernay. — Epitres du Pape Innocent III. L. XII. Ép. 108. — Prœclara Francorum facinora.).

« Après le départ du Roi d'Aragon, les Croisez, qui a voient interrompu les travaux du siège, à cause de ces pourparlers, les reprirent: ils firent une tentative pour combler le fossé et prendre la ville par escalade; mais les assiégez jetlèrent sur eux tant d'eau bouillante, ou lancèrent une si grande quantité de pierres et de traits, qu'enfin ils furent obligez de quitter prise , après une grande perte. Les chaleurs devinrent si excessives, que tous les puits de Carcassonne ayant tari, les habitans furent réduits aux abois, tandis que les ennemis avoienl tout en abondance dans leur camp. En cette extrémité, les habitans demandèrent à capituler, et offrirent de rendre la ville avec tous leurs efTcts, à condition qu'ils auraient la vie sauve, et qu'on les conduirait en sûreté pendant une journée de chemin. Les Croisez

s'élanl assemblez pour délibérer là-dessus , tous les avis allèrent à recevoir la ville à composition On convint donc avec le vicomte

Raymond Roger d'accorder la vie sauve à tous les habitans de Carcassonne, à condition qu'ils n'emporteraient avec eux que leurs chemises et leurs brayes. Tous les habitans sortirent ensuite dans ce triste équipage, le 15 d'août de l'an 1309; mais on retint le Vicomte prisonnier , sous prétexte de le garder en otage jusqu'à l'entière exécution de la capitulation. On rassembla ensuite le butin immense qu'on trouva dans cette ville, et on préposa un certain nombre de chevaliers de l'armée pour la garder : on le réserva (le butin) pour l'entretiende celui à qui on devoit c- nfier le gouvernement de Carcassonne; mais les Croisez en détournèrent pour la valeur de 5000 livres, ce qui engagea le Légal et les Evéques à excommunier ceux qui avoient commis ce vol.

« C'est ainsi que Pierre de Vaux-Sernay , dans son histoire , et l'abbé de Citeaux avec le légat Milon , dans la relation de celte expédition , qu'ils envoyèrent quelque temps après au Pape Innocent III, rapportent les circonstances de la prise de Carcassonne. Deux autres auteurs contemporains ajoutent : que les Croisez firent sortir tous les habilans de Carcassonne et ceux du voisinage qui s'y éloient réfugiez, par une porte de derrière , si étroite , qu'ils ne pouvoienl y passer que l'un après l'autre , et qu'ils ne portoient rien sur leurs corps que ce qu'il falloil pour couvrir leur nudilé; un troisième prétend que les habilans en sortant de la ville à demi-morts par les fatigues du siège , déclarèrent lous qu'ils vouloient embrasser la foy catholique , excepté 450 qui demeurèrent obstinez , el qu'entre ces derniers 400 Turent brûlez vifs el les autres pendus. Enfin , si nous en croyons l'ancien auteur anonyme, qui a écrit, en langage du pays, l'histoire de celte croisade, la reddition de Carcassonne se passa d'une manière bien différente ».

—« Et adonc, dit cet historien, vésen io dit léguât qué per assault ny antramen , no podio prendré la dita villa, va s'en pensar et imaginar(et granda cautela se fouc) de tramestré nng dé sas gens devers lodit visconté à la dita Cieiilat, et parlamentar an els de qualqué apontamen , el aussy per sentir com se portaven dins la Cieutat; so qué fouc fait. Et lodit personatgé tramés devers lodit visconté, loqual éra ben enteudut et en parlar per far tout aquélas causas; et drech à la dite Cieutat es vengut et arribat, demandant qué on lo fessé parlar an lodit visconté per son profit, so qué fouc fait. Et d'inoontinen qué lodit visconté a saiïbut et entendut que de foras et al pé de la porta , avia aucun gentilhomé et segnior,"accompagnât ben de autrés trenta gentilhomés, a lors semblant, lodit visconté es vengut et salit sur la barriera dé la dit, acompanyat à toutes fins de iij< homés benapoinct, et ben armats ; et salit qué es eslat, coma dit es, lodit senhor tramés per lodit léguât et sas gens, grandamen la saludat et acueillil; et après salutations faîtes de cascun cartier, lodit senhor s'es près a diré aldit visconté que grandament lo planya dé sa fortune et cas; et qué dé vray et per certa, )y juran et aferman, ly va diré qu'el era son propréparent, et dé son sang et ben prochain... et qu'el voldria et séria d'opinion qué qualqué bon apontamen fossa fait et accordât entré lodit léguât et visconté, mais totas veets ly donava per conseilh, qué sé sabia dont aver ajuda ny secours, qué prestamen la mandessa; car

lodit léguât et baros erant grandament malignats contra el Talas paraiilas deceptivas et cautelosas foguen lors,

deldit senhor et gentilhomé, an las quais lodit visconté donnet fé et conciensa comé sera dit ayssi al long, dont fec folia.

« Or, dit l'historia... qué lodit visconté ly va diré qué si el volia prendré tanta de pena per el, ny far tant envers lodit léguât et princés, qué el ly remetria del tout, per né far com ly semblaria Totas ves sé les senhors

et princés me volian assegurar qué icii poguessa anar parlar an els, an lor host et seti, per demonstrar mon cas,ainsi qué es, au my mé semblé qué sarian trastours d'accord. Et adonc l'y a respondut ledit dessus: senhor visconté , d'aco non ajas crenta ny paour, qué ieii vos prometti et vos juri per ma fé dé noblessa et gentilessa, qué sé en lodit sety volia vénir com dit avers et no ses d'acordy, dé vous ménar et tournar sal et ségur , sans nul danger de vostra persona et dé vostrés bes; et en aquesta forma a jurât et promès dé far: à îaquella causa lodit visconté s'es consentit dé far, dont feït grant folia, et l'autré à granda trayso , dé ainsin trahir lodit visconté, com séra dich ainsi après.

« Et adonc sans d'autré délibération lodit visconté, après qué an sas gens de la villa agut parlar, s'es métut à camy an una bella et nobla compagnya; et an lodit dessus devers lodit sety es anat, et ayso dins la tenta deldit léguât, ont per aquella hora eran touts los princes et senhors ajustais, ont cascun d'els en son endrech es estât grandement esbayts et merveliats de véscr lodit visconté. Et a donc lodit visconté les a saludats atrestouts fort honoran , ainsin qué sabia ben far; et après la salutation faïla et renduda per cascun , lodit visconté comensa à prepaiisar son cas dé point en point; et com jamais non era estât ny sos predecessors de la consortia delsdites heretys , ny jamais, el ny los siens, nos los avian recaptas, ny consentit en lor cas et folia; mais avian toujours estas obedians dé la s. Gleysa et dé sos mandamens , et éran ancaras: mais sé alcuna fauta n'y avia per lo présen , qué d'aco eran en colpas sos officiers, aïs quais son payré, quand era mort, avia laissât en garde et gouvernamen, et qué el jamais non avia fâcha ny comessa causa, coma dit es, per qué onc lo déguès ainsi destruiré ny desérétar, ny far una tala guerra qué om ly fasia; et qué el éra conten de consentir et de solmettré, el et sa terra, entré las mas de la Gleysa

« Et quand lodit visconté aguet finida sa paraùla.... adonc lodit léguât tiret a part an los dits princés et senhors; losquals eran ignossens et non sabens de la dita trahison. Et adonc eslat dich et aponctat que lodit visconté demoraria prisonier jusques a quand qué ladita Cieutat séra baylada et renduda entré lor mas: dont lodit visconté et sas géns qué an el éran son estats grandémen marrits, et non sensa causa: loqual visconté és estât baylat en garda à vng

tats dé gens del duc de Borgona, Et adonc, quand en ladita Cieutat an ausidas la nouvellas qué lor senhor éra

près, et detengut entré las mas deldit léguât et princés, non cal pas démanda si alcun es estâtesbayt, ny aguet paour: per laqualla causa an cascun délibérât de s'en'anar et laïssar ladita villa et cieutat, so qué an fait. Quand s es vengutsos la neïl qui may a pousgut a fugit, les uns vers Tolosa, les autrés en Arago , les aulrés en Espanlia.. . qué solamen vng homé ny fémé non y es démorat... laissant cascun tout quand qué avian... car may amavam salva los corsés et las vidas, qué los bens... an aquesta maniera es estada layssada et desemparada ladila villa, et le visconté prés.

«Et quand tout so dessus es estât faït.comé dit es, qualcun dé las gens deldit léguât ses apercégut lendéroa , qué en touta la dita villa non avia homé ny féma, ainsin qué ly semblava, car touts s'en éran arias per alcun conduit qué avia en la dita Cieutat, loqual anava ferir en las tors dé Cabardés , a très lègues de la dita Cio>utat, et en aquela forma et maniera sé eran salvats.... El adonc s'en es vengut al dit léguât et princés.lor a dit so qué éra... Et quand losdils senhors an aùsit so dessus, an sé pensar qué los dé dédins los volguessen décébré et afinar. El a donc an l'aïch armar ung grand tats dé gens, an quais an fait porlar fagots et bagagé, als autrés an portât aprochés et tandissas..! Et quand an vist qué dégun non fasia semblant de dell'endré, se son mettuts à bon essian et son dédins inlrats, on n'an troubat borné ny fema à qui parlar; mais granda richessa an dedins trobada. .. Quand los dits senhors son estais arnbats dins ladita villa et Cieutat, an tant sercat, qué an trobat lo loc per on s'en eran anats, d'où lodit léguât et sas gens son estats mal contents; car avian délibérât dé far en la forma que avian fait à Bésiers. Et adonc quand lodit léguât a agust vist et aperceveust qué la villa era estada pilhada per los premiers qué eran intrats dédins, adonc a lait comendement, sus péna de malédiction à touts, qué los aguessen à portar dins la grand gleysa, et aisso sons retenir la valor dé ung denier; la quai caiisa, incontinen qué an ausit proférir la dita malédiction, cascun an portât et rendut so qué avian prés et agut, en ladila gleysa, ont an agut una granda richessa

« Et quand tout so dessus fouc fait lodit léguât a fait levar et plegar lodit sety, et tendas, pabalhos, et dedins

la dita villa s'en son intrats, et lo Visconte an els lo n'an menât; loqual an metut dins una tor de las plus fortas et seguras que fos en tota ladita Cieùtat ne villa et estractamen l'an gardât. »

— Simon de Montfort est élu pour seigneur de tous les domaines du vicomte Roger ( Histoire générale de Languedoc. L. XXI. 62). — v. aussi : Chronique anonyme, ut supra. T. III. édit. in-fol. Preuves, col. 19.

— Eligitur cornes Montisfortis in principem territorii et ditionis Raimundi comitis (pétris Va Lu m Ceunaii : Historia Albigensium. cap. XVII.)

Même année, Novembre 10. — Mort du vicomte Raymond Roger (Histoire générale de Languedoc. L. XXI. 75.).

—« Et al regard de sa persona, el (Simon de Montfort) sé lenguet an la Cieutat de Carcassona, coma la pins forta plassa et melhor de totas las aiitras, an laquai Cieutat ly fouc laissât lo dit visconté que dessus per présonié, per né far a tota sa volontat et plasé; loqual gardet ben segurament, sans jamais lu laïssar salhir de la dita tor ny parlar an persona viventa , sino aquels qué lé gardavan.

a Or, dit le conté et historia, qué quand se venguet a cap d'un tems, qué lédit visconté fouc fort roalaùd de expreraesos [épreintét], de laquala malaudia anet de vida a trespassamen el morir prôsonier , donc fouc bruyt per tota la terra, que lodit conte de Montfort l'avia fuit morir; mes no fec pas, carmoric, coma "dit es, de las ditas expremesas. Et d'avant qu'el moric , ny anessa a Dieu , fec son degut coma vng et vera chrestian; et lé aùsit de confession l'evesqué del dit Carcassona qué per aléras éra, et Jy aministret tôt los saints sagraments de santa mairé Gleysa. Et adonc qué fouc mort, lodit conté Montfort lo fec portar a la grand gleysa, ben onestameu acoutrat, ainsin qué apartenia a vng tal peisonagé, Jé vigsagé tôt descouvert; et aysso afin qué tôt lé mondé le vissen et recoguossen; et raandet per tota la terra dont solia esse senhor, que cascun lé venguessa véser et ly far honor qué ly apartenia. Laqualla caiisa aiisida per lodit poblé et sos subjets, fouc grandamen plangut et plorat de alcuns: aldit Carcassona son vengut, les alcuns per véser lo dit senhor mort et per ly far honor qué ly eran tenguts cascun far; laqualla caiisa fouc fort lamentosa et pietosa a veyré, la dolor que lodit poblé menava, ny fasia per lo dit visconté quand era mort ainsi en priso, ny en aquela forma qué mort era > (Chronique anonyme, en Languedocien, ut suprà. T. IIL édit. in-fol. Preuves, col. 20.).

— On trouve le récit de la prise de Carcassonnc et de la fin de son vicomte Raymond Roger , dans l'histoire de la croisade contre les Albigeois (Cansos de la crozada contr'els ereges d'Albeges), mise en vers roman , par Guillaume de Tudela (canzo xxiv à xxxiv ). Cette canso n'est autre que la Chronique anonyme ci-dessus citée , mise en stances et en vers , à la mode du temps.

— V. aussi les récits de la prise de Carcassonne par les Croisés, par Pierre de Vaux de Cernay, et Guillaume de Puylaurens, écrivains contemporains de l'événement, ci-après : Cité. Cartulaire et Chronique.

— • Ainsi mourut, à l'âge de 24 ans , Raymond Roger , vicomte de Beziers , Carcassonne , Alby et Rasez , seigneur du Lauraguais , du Minervois , du Termenois , etc.; neveu , à la mode de Brelagne , de Philippe-Auguste , roi de France; neveu

*. V. 57

par sa mère Adélaïde , de Raymond VI comte de Toulouse. 11 laissa , d'Agnès de Montpellier , qui lui survécut, un fils unique âgé seulement de 2 ans. II l'avoit confié à la garde du comte de Foix, son proche parent, qui prit soin de son éducation (Histoire générale de Languedoc. L. XXI. 73.).

Monnaies de Raymond Roger. — M. Gayraud de Saint-Benoît [Recherches sur les Monnaies des Comtes et Vicomtes de Carcassonne , Rase; et Beziers) signale une pièce de Raymond Roger, frappée à Reziers et au nom de cetie ville. Il ajoute: • On doit attribuer aussi à Raymond Roger la pièce que M. Lelewel (Numismatique du moyen âge) a figurée d'après Duby ( Traité des Monoycs des Prélats et Barons de France, pl. IX. n° 20 ), et qui offre pour type une crosse accostée de deux I (sic) Ifl, et la légende CARCASSONE CI. De l'autre côté , qui est le droit, la légende RR OX CO TE , coupée en quatre par la grande croix de Barcelone , cantonnée au 1 et 4 d'un croissantau 2 et 3 par un besan (v. pl. II. n° II ). Cette pièce a été attribuée par Duby, a Bernard Roger comte de Carcassonne et de Foix, mais cette attribution ne saurait être vraie.»

 

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