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13 May

Jacques Gamelin, peintre

Publié par basilique saint nazaire  - Catégories :  #Saint-Vincent

Jacques Gamelin, peintre, homme du Carcassès

 

Dernièrement, je suis tombée par hasard sur cette reproduction d’un Intérieur paysan, huile sur toile, datée de 1796, signée Jacques Gamelin.

 

Il s’agit, dit-on, une scène de genre.

 

Certes, mais on use ici du concept de genre comme on fait d’un face-à-main au théâtre : on se protège des émotions trop vives en interposant un morceau de verre entre soi et la chose vue.

 

 Indépendamment du genre, dont ici on se moque bien, cette scène rend compte du quotidien qui était en 1796 celui de l’immense majorité de la population française.

 

 Inutile de commenter ; l’image parle d’elle-même. 


Saisie par ce tableau, je me suis intéressée à Jacques Gamelin, que je ne connaissais pas. 

 

 

Jacques Gamelin, Sans titre

 

Né à Carcassonne en 1738

 

fils d’un marchand drapier

 

élève des Jésuites, Jacques Gamelin, dès son enfance, fait montre de remarquables dispositions pour le dessin.

 

Son père, en 1756, lui trouve plutôt une place de commis en écritures, à Toulouse, dans la manufacture de Nicolas Joseph Marcassus, baron de Puymorin.

 

Amateur éclairé, co-fondateur de l’Académie des Beaux-Arts de Toulouse, celui-ci remarque le jeune dessinateur et lui permet d’entrer en apprentissage dans l’atelier de Jean-Pierre Rivalz.


De 1761 à 1764, Jacques Gamelin poursuit sa formation à Paris, dans l’atelier de Jean-Baptiste Deshays de Colleville, gendre de Boucher.

 

Mais il ne se plaît pas à Paris et n’y obtient pas le succès attendu.

 

 

Jacques Gamelin, Deux frises avec des porteurs d’offrandes

 

Parti pour Rome en 1765, il y vit et travaille jusque vers 1774.

 

Il y épouse en 1771 Giulia Tridis, une jeune italienne, orpheline de père et de mère, nantie seulement d’un frère et d’une soeur à charge.

 

Accompagné de sa famille, il rentre en France en 1774, à la demande de son père, malade.

 

Il rapporte de son séjour romain une superbe maîtrise du dessin à l’antique ainsi que celle de la peinture de batailles.

 

En 1774, Jacques Gamelin est nommé professeur à l’Académie de Toulouse ; puis, en 1776, directeur de l’école de peinture de Montpellier, poste qu’il occupe jusqu’à la Révolution.


En 1779, il publie à Toulouse un Nouveau Recueil d’ostéologie et de myologie, pour l’utilité des sciences et des arts, en 2 vol. in-folio avec 100 planches et texte, recueil inspiré par de nombreuses séances d’étude en salle de dissection. 

 

A partir de 1784 et jusqu’en 1790, Jacques Gamelin effectue différents séjours à Narbonne afin d’y réaliser les tableaux et les fresques qui ornent la cathédrale Saint-Jean, la chapelle de l’Immaculée Conception et celle du Tiers-ordre de Saint Dominique (aujourd’hui transformée en magasin du génie militaire).


Partisan de la Révolution, membre de la Société des Sans Culottes, il se voit confier la réalisation de la statue de la Liberté et organise les cérémonies propres au nouveau culte.

 

Dans le même temps, il s’applique à sauver les biens de l’église.

 

 

Jacques Gamelin, L’Evanouissement

 

"Gamelin, homme de réflexion, n’y voit pas de contradiction.

 

La religion à laquelle il restait fidèle s’accordait dans son esprit avec les idées nouvelles fondées sur la liberté, la fraternité et l’égalité, une morale païenne mais dans laquelle il voyait renaître la République romaine et les héros de l’antiquité"1

Ci-contre : Un combat aux portes d’une ville assiégée


Dans le cadre des guerres révolutionnaires, il intègre l’armée des Pyrénées Orientales, sous les ordres de Dugommier, dont suit en tant que peintre les diverses campagnes.

 

Il laisse ainsi des oeuvres en forme de témoignage, telles que Le camp de l’Union, La Bataille de Peyrestortes, ou les portraits des généraux Dagobert et Dugommier. 

 

 

Jacques Gamelin, Escarmouche de nuit, 1783

 

Après la Révolution, Jacques Gamelin retourne définitvement à Carcassonne.

 

Il y meurt en 1803, occupant alors la chaire de professeur de dessin à l’Ecole centrale de l’Aude. 

 

Ci-contre : Jacques Gamelin, Vieillard inconnu, 1791 


Pourquoi me suis-je intéressé à Jacques Gamelin ?


D’abord, pour une raison toute bête : je suis née à Carcassonne, et relativement à Jacques Gamelin, je me sens, même loin dans le temps, un peu payse.


Ensuite, parce que Jacques Gamelin est un homme de culture et de tradition méditerranéennes.

"Partout des vestiges grecs et romains l’entourent, la culture latine est encore très présente et il est difficile de parler de retour à l’antique"2 chez quelqu’un qui est né et qui a vécu dans un espace de civilisation à peine changé.


Ensuite encore, parce que Jacques Gamelin fait montre dans sa peinture d’un réalisme admirablement dénué de trivialité, autrement dit d’un regard inspiré par le goût de la vérité et l’amour de l’humanité.

 

 

Jacques Gamelin, Portrait d’Etienne Marie Denisse ; Jacques Gamelin, Portrait de Louis Jacques Brenguier, commandant du quatrième bataillon du Lot en 1794

 

D’où chez lui l’art du portrait, sensible, vif, parfois complice, piquant ou drôle, insoucieux du Beau idéal.

 

Enfin,  parce l’humanisme demeure chez lui exempt de mièvrerie, allié à l’acuité du regard, et, le cas échéant, capable de férocité dans l’ironie.

 

Ci-contre : Jacques Gamelin, planche extraite du Nouveau Recueil d’Ostéologie et de Myologie.  

 

 

Jacques Gamelin, Louis XVI accueillant avec plaisir la Vérité qui lui découvre un vieillard vénérable


Observez le traitement caricatural du visage de Louis XVI et du personnage de la Vérité.

 

L’oeuvre de Jacques Gamelin se déploie, de façon complexe, à la fois au tournant de l’Histoire et au tournant des genres, comme une tentative de conciliation et de dépassement de deux postulations palintropiques.


L’une oriente la vision de l’artiste dans le sens du vérisme.


L’autre rappelle le peintre au souvenir des vertus romaines, parfois au mythe de l’Age d’or.

 

Ci-dessus : Jacques Gamelin, Scène d’ivresse

 

 

Jacques Gamelin, Scène paysanne

 

http://belcikowski.org/ladormeuseblogue/?p=4525

 

Brève biographie de l’auteur
Jacques Gamelin naît en 1738 à Carcassonne.
Il y fait ses études au collège des Jésuites.
Puis son père, fabricant drapier, le place à Toulouse, pour qu’il apprenne la comptabilité chez le baron de Puymaurin,propriétaire de deux manufactures royales.
Ce dernier,constatant les dons artistiques de ce jeune commis aux écritures, l’aide à changer de voie.
Inscrit à l’Académie royale de peinture, Gamelin devient l’élève de Pierre Rivalz.
Après un séjour à Paris (1761-1765) où il fréquente l’un des meilleurs ateliers de la capitale, il part pour l’Italie.
Il excelle alors dans la peinture de batailles.
Il épouse en 1771 une aristocrate vénitienne et revient à Toulouse en 1774.
Après le décès de son père en 1775, grâce à s on héritage, il s’établit à Toulouse où il se dote d’un immense atelier comprenant une salle de dissection et de dessin pour réaliser ses recueils d’ostéologie et de myologie.
Il consacre toute sa fortune à ce projet, mais ses recueils se vendent mal.
Gamelin connaît alors de grandes difficultés financières.
Il séjourne de 1780 à 1783 à Montpellier puis de 1783 à 1796 à Narbonne : jusqu’à la Révolution, il reçoit de nombreuses commandes de l’Eglise; en 1793, il s’engage dans l’armée des Pyrénées-Orientales et devient le peintre des batailles remportées alors par les Français sur les Espagnols.
Le 9 juin 1796, il est nommé professeur de dessin à l’Ecole Centrale créée dans le chef-lieu du département. Gamelin retrouve alors sa ville natale; il peint jusqu’à la fin de sa vie, des peintures à thème religieux mais
aussi des scènes de batailles inspirées par son admiration pour Bonaparte.
Il meurt en 1803 à Carcassonne.
Situer l’œuvre dans son contexte historique, culturel, artistique
La vie artistique à la fin du XVIIIe siècle
Au siècle des Lumières, la peinture occupe une place éminente dans le domaine des arts.
Les académies des Beaux-arts, qui se sont développées dans toute l’Europe grâce aux privilèges et pensions
que leur accordent princes et souverains, demeurent le cadre de référence : elles assurent la formation des
artistes et sont des lieux d’échanges, recevant les peintres qui voyagent pour perfectionner leur art.
A partir de 1737, le Salon, exposition qui se tient tous les ans, puis tous les deux ans, dans le grand salon carré du Louvre, donne un nouveau statut au tableau: ce n’est plus seulement un objet réservé aux églises ou aux palais mais une œuvre d’art soumise au jugement du public.
La Révolution française, de même qu’elle transforme profondément les institutions politiques et sociales, modifie le statut des artistes et les conditions de leur exercice.
Le 8 août 1793, la Convention décrète la suppression de toutes les académies, déjà dénoncées dans les dernières décennies de l’Ancien Régime pour le favoritisme qui y règne et le conformisme de leurs membres. Elle met aussi un terme à la politique qui faisait du roi le protecteur officiel des gens de lettres, des artistes et des savants.
Alors que jusqu’en 1791, les artistes devaient, pour pouvoir présenter leurs œuvres au public lors du Salon, être membres de l’Académie royale de peinture et de sculpture ou agréés par celle-ci, ils peuvent désormais
exposer librement.
L’œuvre de Jacques Gamelin, d’inspiration très diverse, reflète son temps.
On peut, en simplifiant, y voir trois centres d’intérêt principaux : les thèmes religieux, les scènes antiques et mythologiques, les peintures de batailles. Initié à la peinture au sein des académies des Beaux-arts et lors de son séjour en Italie, Gamelin est un artiste très influencé par la formation qu’il a reçue sous l’Ancien Régime ; ses peintures sont également fortement marquées par les événements révolutionnaires (et notamment par les guerres) ainsi que par le goût pour l’Antiquité et les références à l’histoire grecque et romaine, caractéristiques du mouvement littéraire et artistique né à la fin du XVIIIe siècle, le néoclassicisme
La vie scientifique
L’intérêt pour l’anatomie, étude des partie constituantes du corps (muscles, os, tendons, organes, etc.), se manifeste dès l’Antiquité.
Cette science progresse à partir du XIIIe siècle, époque à laquelle se pratiquent les premières dissections. En dépit des interdictions de l’Eglise, le premier atlas d’anatomie humaine fait d’après dissection paraît en 1478 à Venise mais c’est surtout au XVIe siècle que les études anatomiques prennent de l’importance.
Léonard de Vinci aborde l’anatomie en homme de la Renaissance, avide de science, mais aussi en artiste désireux de rendre le plus justement possible les formes extérieures du corps.
En 1543, à Bâle, André Vésale publie, à l’intention des chirurgiens et des médecins, un traité d’anatomie (squelette et écorché), traité qui connaît un grand retentissement et qui est abondamment copié
dans les siècles suivants.
Au XVIIIe siècle, de nombreux artistes publient des planches d’anatomie (Géricault, Bouchardon, etc.).
L’œuvre de Gamelin se situe dans ce contexte.
Réalisés d’après nature de 1777 à 1779 à Toulouse, les recueils d’ostéologie et de myologie, tirés à 2000 exemplaires, sont un échec commercial. La volonté de faire œuvre scientifique, le souci de véracité et d’exactitude président à l’élaboration de ces ouvrages, comparables en cela aux travaux de Diderot et d'Alembert dans l’Encyclopédie, entreprise éditoriale philosophique et scientifique parue entre 1751 et 1772, mais qui s’en différencient par le goût pour l’allégorie de la vanité et de labrièveté de la vie humaine.

Interroger l’œuvre sur différents plans
- l’aspect général
Le premier volume consacré à l’ostéologie paraît en 1779. Cet ouvrage est constitué de 33
planches d’ostéologie (précisant, pour chaque élément du squelette, son nom en français et en latin), et de 3 planches de myologie (écorchés dont les positions mettent en valeur les muscles du corps humain).
A ces gravures à objectif purement scientifique, se mêlent des gravures : en frontispice, « la leçon d’anatomie »
(scène dans laquelle un professeur monter à ses élèves un cadavre, objet de la leçon) et, tout au long de l’ouvrage, des mises en scène de la Mort (squelettes ailés, agenouillés, effrayant les vivants dans un salon ou dans un cabaret). Certaines de ces scènes peuvent être mises en relation avec l’œuvre de Goya.
Le deuxième volume consacré à la myologie parut, après souscription, en 1779. Il est constitué de 9 planches de myologie (précisant, pour chaque muscle, son nom en français et en latin), de 20 planches représentant des écorchés dans différentes positions mettant en valeur les différents muscles et de 6 académies (ici des nus masculins, souvent mis en rapport avec les positions des écorchés, ce qui laisse
penser que Gamelin avait aussi des objectifs artistiques : permettre au peintre de peindre l’homme en mouvement de la manière la plus réaliste possible).
- le folio 28 v° du traité d’ostéologie
Le folio 28 v°, situé face à une planche où figure un crâne vu de face et le détail du maxillaire inférieur, fait une énumération descriptive des os du maxillaire inférieur dessiné en vis-à-vis. Au bas de ce folio, une gravure représente l’intrusion du monde des
morts chez les vivants. A gauche, des hommes et des femmes, richement vêtus, appartenant certainement à
la noblesse, devisent tranquillement, dans un intérieur cossu évoqué par du mobilier et des tentures.
A droite, un groupe de squelettes symbolisant la mort fait irruption au milieu de leur réunion ; ils sortent de leurs tombeaux évoqués derrière eux. La frayeur se lit sur tous les visages, notamment sur celui d’une femme au premier rang dont le bas de la robe est agrippé par un squelette prêt à l’entraîner dans l’au-delà, idée reprise par la phrase gravée sur la pierre tombale : « Il faut partir».
Gamelin fait de la Mort un élément d’autant plus inéluctable qu’il intègre les mausolées dans le salon comme éléments de décoration et représente de manière identique les tombes et les dallages du sol.
- les matériaux et techniques
Gravure à l’eau-forte
: gravure obtenue en faisant mordre par l’acide nitrique étendu d’eau (eau-forte) une plaque métallique (au XVIIIe siècle, le cuivre) recouverte d’un vernis protecteur sur lequel on a dessiné à l’aide d’une pointe qui a mis le métal à nu
La manière de crayon: c’est un procédé ancien de gravure donnant l’illusion d’un dessin au crayon, en imitant les hachures granulées produites sur le papier par le crayon à dessin.
On utilise pour cela des tiges à trois pointes pour traduire l’aspect granuleux du trait et des roulettes (petites molettes dentées, montées sur manche) pour rendre les hachures. L'épaisseur du trait varie en fonction du calibre des roulettes.
La plaque est vernie, les tracés dégagent le métal, celui-ci est ensuite creusé à l'acide. D'autres techniques imitent le
crayon : le vernis mou et la lithographie.
La manière noire: c’est un procédé qui donne à la gravure l’apparence d’un dessin à l’estompe.
En fonction de l’usure du grain du cuivre, on obtient des teintes allant du noir très uni aux demi-teintes ou au blanc.
Gamelin utilise tour à tour dans ces recueils ces trois techniques
- les buts poursuivis par l’artiste
En analysant ce recueil où l’imagination côtoie la réalité scientifique, on devine que Gamelin n’a pas voulu faire seulement un livre de science ou d’apprentissage artistique, il veut à travers lui faire passer un message philosophique : la mort est inévita ble, elle frappe tous les hommes quelle que soit leur condition sociale et où qu’ils soient. Si on considère ces « fantaisies macabres » et les légendes qui les accompagnent parfois, on peut légitimement penser que le propos de Gamelin est religieux : engager les hommes à se préparer à la
mort et au Jugement dernier,

Pistes pratiques
Rencontre entre l’œuvre et les élèves
- On associera cette étude à un tr
avail en liaison avec les Sciences
de la Vie et de la Terre en
recherchant par exemple quels éléments scientifi
ques pourraient expliquer pourquoi ce recueil n’a pas
suffisamment satisfait les spécialistes pour
qu’ils se précipitent et l’achètent.
- Une visite au Musée des Beaux-arts de Carcass
onne apportera une ouverture
plus large sur l’œuvre
de Gamelin, particulièrement sur
ses peintures de batailles.
- Un rapprochement avec la peinture de Goya peut
être effectué, de même qu’un parallèle peut être
tenté avec le Suisse Füssli ou
quelques productions de Gros (
Sapho à Leucate
) ou d’Ingres (
le songe
d’Ossian
)
- On peut aussi confronter les gravures de Gamelin
aux danses macabres médiévales (comme celle de
La Chaise-Dieu) ou aux vanité
s (peintures en vogue au XVII
e
siècle illustrant l’aspect vain et frivole
du monde terrestre et le carac
tère mortel de l’homme).
Pour en savoir plus
:
Gamelin peintre de batailles (1738-1803) /
M
usée
des Beaux-arts de Carcassonne, 13 juin-14
s
eptembre 2003.
– Carcassonne, Musée des
Beaux-arts, 2003, 95 p.
Gamelin et les peintres de son temps : 1738-1803
/
Musée des Beaux-arts de Carcassonne, 2 juillet-2
octobre 1999
. – Carcassonne, Musée des Beaux-
arts, 1999, 77 p.
J
acques Gamelin, 1738-1803.
– Carcassonne,
Musée des Beaux-arts, 1990, 136 p. (Les
collections du Musée des Beaux-arts de
Carcassonne).

Eléments à mettre dans le « cahier personnel d’histoire de l’art »
- une biographie très succincte de Gamelin
- des exemples d’autres œuvres de Gamelin
- des exemples d’œuvres de contemporains de Gamelin
- les mots clés et leur définiti
on (ostéologie, myologie, gravure,
eau-forte, divers sens du mot
académie, néoclassicisme).
- un croquis faisant apparaître la composition de
l’œuvre étudiée, son organisation de l’espace.
Exemple de croquis :
Faisceau
lumineux
éclairant
le
masque
de
frayeur
sur les
visages.
Mouvement de fuite des personnages
Séparation entre les
deux mondes

Exemple d’exploitation de la gravure da
ns le domaine des arts plastiques
(niveau quatrième)
Proposition de Mme Incherman, pr
ofesseur d’arts plastiques
collège Blaise d’Auriol à Castelnaudary
Travail qui s’inscrit dans la questi
on : Cadrage – narration – point de vue
Verbalisation autour de l’image qui
permet une analyse collective :
ce que l’on voit, comment c’est fa
it, qu’est-ce que l’on ressent ?
Vocabulaire à l’issue de
cette verbalisation :
Composition, Clair/obscur, Valeur, Mouvement
Conclusion
: La composition et l’utilisation d’ombre et
de lumière génèrent une
force dramatique et
accentuent le côté effrayant de la scène.
Proposition possible pour des quatrièmes :
«
Reprendre cette scène à la manière de Gamelin en
essayant de la rendre encore plus effrayante
»

« A la manière de ... » contraint les élèv
es à observer la technique graphique de
Gamelin et à essayer de trouver à leur tour
des solutions pour traduire des valeurs
foncées et claires.

Il s’agit aussi d’appréhender
l’espace où se déroule la sc
ène et de se représenter
mentalement ce qu’elle peut êt
re, vue d’un autre endroit.

Technique : stylo bille noir.

Documents remis : différents cadrages et angl
es de vue possibles et informations sur
la gravure à l’eau forte

Exemple d’exploitation de la gr
avure dans le domaine des lettres
(niveau première rentrée 2011)
Proposition de M Marty, pr
ofesseur de lettres
collège Blaise d’Auriol à Castelnaudary
Objet d’étude : « La question de l’homme
dans les genres de l’argumentation du XVI
e
siècle à
nos jours »
Objectif
: Donner sens et substance à une form
ation vraiment humaniste. Dans cette
perspective, on s’attache à mettre en évidence les
liens qui se nouent entr
e les idées, les formes
qui les incarnent et le contexte dans lequel elle
s naissent. Le fait d’abor
der les œuvres et les
textes étudiés en s’interrogeant sur la ques
tion de l’homme ouvre à le
ur étude des entrées
concrètes et permet de prendre en compte des
aspects divers, d’ordre pol
itique, social, éthique,
religieux, scientifique par exemple, mais au
ssi de les examiner dans leur dimension.
proprement littéraire, associant e
xpression, représenta
tion et création.
Cette planche de Gamelin peut être observée en
parallèle avec l’article de Watelet « Figure »
extrait de
l’Encyclopédie ou Dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers
(1751-
1772). La réflexion peut porter sur
la peinture des passions, notamment
au niveau de l’expression des
visages ou l’expression des sentiments dans le squelette.
Figure
,
terme de Peinture
.[Auteur : Watelet] Peindre la figure, ou faire
l’image de l’homme, c’est imiter toutes les formes
possibles de son corps. Il s’agit donc des choses qui sont nécessaires pour bien imiter toutes les formes possible du corps de
l’homme, c’est-à-dire ses formes ex
térieurement apparentes dans le
s attitudes qui lui sont propres.
Les apparences du corps de l’homme sont les effets que produisent à nos yeux ses parties extérieures, mais ces parties
soûmises à l’action des ressorts qu’elle renferment, reçoivent d’eux leurs formes & leur mouvemens ; ce qui nous fait
naturellement remonter aux lumières anatom
iques, qui doivent éclairer les artistes.
C’est sans doute ici la place d’insister sur la nécessité dont
l’Anatomie est à la Peinture.
Comment imiter avec précision,
dans tous ses mouvemens combinés, une
figure
mobile, sans avoir une idée juste des ressorts qui la font agir ? Est-ce par
l’inspection réitérée de ses parties extérieures ? . Il faut donc
supposer d’avoir continuellement sous les yeux cette figure,
dans quelque attitude qu’on la dessine. Cette supposition n’est-elle
pas absurde ? Mais je suppose qu’elle ne le soit pas. Ne
sera-ce pas encore en tatonnant & par hasard, qu’on imitera cette correspondance précise des mouvemens de tous les
membres & de toutes les parties de ces membres, qui varie au moindre changement des attitudes de l’homme ? Quel
aveuglement de préférer cette route incert
aine à la connoissance aisée des parties de
l’anatomie, qui ont rapport aux objets
d’imitation dans lesquelles se renferme la Peinture ! Que ce
ux à qui la paresse, le manque de courage, ou le peu de
connoissance de l’étendue de leur art, font regarder l’Anatomie comme peu nécessaire, restent donc dans l’aveuglement
dont les frappe leur ignorance ; & que ceux qui ambitionnent le succès, aspirent non-seulement à réussir, mais à savoir
pourquoi & comment ils ont réussi.
Non-seulement il est inutile, mais il seroit même ridicule à l’ar
tiste qui veut posséder son art, de chercher par l’étude de
l’Anatomie à découvrir ces premiers agen
s imperceptibles, qui forment la correspondance des parties matérielles avec les
spirituelles. Ce n’est pas non plus à acquérir l’adresse & l’habitu
de de démêler, le scalpel à la main, toutes les différentes
substances dont nous sommes composés, qu’il doit employer un
tems précieux. Une connoissance abrégée de la structure
du squelette, une étude un peu plus approfondie sur les muscles qu’ils soutiennent à fléchir à se gonfler, ou à s’étendre :
voilà ce que l’Anatomie offre de nécessa
ire aux artistes pour guider
leurs travaux. Est-ce dequ
oi les rebuter ? & quelques
semaines d’études, quelques
instans de réflexion, feront-elles acheter tr
op cher des connoissances nécessaires. [...]
La figure, après avoir dévoilé au peintre les principes de sa
conformation intérieure par la démonstration des os, après lui
avoir découvert les ressorts qui operent ses mouvemens, a le droit d’exiger de l’artiste qu’il dérobe aux yeux des
spectateurs dans les ouvrages qu’il compose, une partie des secrets qui viennent de lui être révélés. Une membrane souple
& sensible qui voile & défend nos ressorts, est l’enveloppe t
out à la fois nécessaire & agréable, qui adoucit l’effet des
muscles, & d’où naissent les graces des m
ouvemens. Plus le sculpteur & le peintre
auront profondément
étudié l’intérieur
de la figure, plus ils doivent d’attention à ne pas se parer i
ndiscretement de leurs connoissances, plus ils doivent de soin à
imiter l’adresse que la nature employe à
cacher son méchanisme. L’extérieur de la fi
gure est un objet d’étude d’autant plus
essentiel à l’artiste, que c’est par cette voie principalement
qu’il prétend au succès ; contours nobles & mâles, sans être
grossiers ou exagérés, que notre imagination exige dans l’imag
e des héros, ensemble doux, fl
exible & plein de graces, qui
nous plait & nous touche dans les femmes ; incertitude de
formes dont l’imperfection fait les agrémens de l’enfance ;
caractère délicat & swelte, qui dans la jeunesse de l’un & l’au
tre sexe, rend les articulations à peu près semblables. Voilà
les apparences charmantes sous lesquelles la nature aussi
agréable qu’elle est savante,
cache ses os dont l’idée nous
rappelle l’image de notre destruction, & ces muscles dont les
développemens & la complication viennent peut-être effrayer
le lecteur. [...]

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À propos

Passionné de généalogie, d'Histoire de France, de royauté et de religion